Quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ?

Un internaute a découvert mon activité (accompagnement de pornodépendants et/ou de leurs proches) en faisant la recherche suivante sur Google : « quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ? ». Quelle détresse il devait ressentir pour se mettre à tutoyer son moteur de recherche !

Je suis Stéphanie LADEL, Consultante Sociale titulaire d’un Diplôme d’Etat et d’un Diplôme Inter-Universitaire en Addictologie ; et cet article se veut être un condensé de réponses aux questions qui me sont fréquemment posées par les conjoints de pornodépendants

Pornodépendance - arrêter de regarder des films pornographiques - Cabinet Social Stéphanie LADEL

Quand arrêtera-t-il ?

La très grande majorité des personnes « accrocs » aux films pornos sont des hommes. Quand arrêteront-ils ? Quand ils prendront le dessus sur ce besoin obsédant, comparable à la prise d’une drogue ou d’alcool pour d’autres. Car regarder des films X et se masturber de manière compulsive, voire rechercher des relations extra-conjugales virtuelles ou réelles de type pornographique, est pour certains une dépendance, au même titre que la toxicomanie ou l’alcoolisme.

Forme récente d’addiction, mal connue et particulièrement taboue, la cyberaddiction sexuelle est une découverte attrayante devenue un monstre dévorant leurs pensées, orientant leurs actes et détruisant leur vie sociale. Arrêter, c’est donc sortir victorieux d’une lutte difficile, demandant beaucoup de volonté, et parfois beaucoup de temps.

N’est-ce pas qu’un vice ?

Non, même s’il s’agit bien là d’arrêter un cercle vicieux de regarder et donc d’avoir encore plus envie de voir ce type de scènes.

Quand une personne lambda les considère artificielles et violentes, d’autres, de plus en plus nombreuses, s’y sont habituées et les considèrent comme une part de la culture sexuelle environnante à intégrer à dose plus ou moins importante dans leur propre image et dans leur vie.

Et d’autres encore, les pornodépendants, voient certaines de leurs pulsions si fortement réactivées lors du visionnage de telles scènes qu’ils ne peuvent que très difficilement résister à la recherche de cet écho à leurs envies, plus fréquemment ou à plus forte dose (porno hard), avec un attrait aussi puissant que lorsqu’une drogue chimique influe sur les cellules d’un drogué.

La tentation est pour eux trop grande de plonger dans cet état, d’avoir leur dose, au risque de moins en moins mesuré de perdre leur temps, leur sommeil, leur santé, leur vie sociale, leur bien-aimée,… Et lorsqu’ils sont en manque, ces addicts deviennent irritables jusqu’à ce qu’ils parviennent à s’isoler pour assouvir leur envie. Ils sont clairement sous l’emprise d’une drogue…

Pourquoi n’arrête-il pas ?

Une question complémentaire pourrait être : Suffit-il d’acheter un nouveau style de lingerie, d’accepter certaines pratiques sexuelles ou d’échanger des grossieretés avec votre partenaire nourri aux films X pour l’en écarter et le centrer sur votre couple en ce qui concerne ses désirs sexuels et leur assouvissement ?

Certaines d’entre vous espèrent en effet, en jouant ce jeu, pouvoir contrebalancer la tendance de leur compagnon à se tourner vers la pornographie. Et ne parvenant pas à ramener votre amoureux à de plus fidèles fantasmes, vous sombrez dans une plus grande déprime.

Touchée dans votre intégrité à la découverte de cette forme d’infidélité, vous l’êtes une une deuxième fois en essayant d’y remédier en vous faisant traiter grossièrement, et une troisième fois en réalisant que c’était en vain.

Retenez que la lutte contre la pornodépendance de votre conjoint ne passe pas par le fait de vous culpabiliser ni de vous humilier.

Pornodépendance - souffrance et doutes du conjoint - Cabinet Social Stéphanie LADEL

Comment supporter ?

Parmi vous, certaines choisiront de partir, et d’autres choisiront de rester auprès de leur mari ou compagnon et de supporter l’horreur de son addiction et de ses conséquences.

Comme toute drogue, la pornographie a pris une place prépondérante, abîme la personne dépendante et sa relation aux autres, et fait souffrir tout le monde. Et cette drogue-là vous affecte particulièrement en tant que conjointe, car vous considérez facilement être une partie du problème, la sexualité étant habituellement liée à la relation amoureuse et à la relation de couple.

Si vous choisissez de rester, vous devez comprendre qu’il ne s’agit pas d’une concurrence directe à votre affection et à ces démonstrations, mais bien d’une forme de drogue contre laquelle celui qui se trouve sous son emprise va devoir se battre.

Pendant cette lutte interne, pour aider au mieux votre conjoint, je vous invite à comprendre la pornodépendance, à l’accompagner avec une certaine marge de tolérance, à choisir de l’écouter ou non lorsqu’il a besoin d’en parler, et à rejeter toute pensée culpabilisante, même si durant son parcours votre conjoint replonge ou ne parvient pas encore à une sexualité relationnelle.

Comment s’en sortir ?

Comme pour toute addiction, on plonge corps et âme dans la pornodépendance. Et on en sort totalement que par l’abstinence, de ce visionnage et de la masturbation qui en découle. Il s’agit pour la personne addict de refaire émerger sa volonté, puis de sortir de cette soumission en s’interdisant strictement toute œuvre pornographique.

Et comme pour un toxicomane ou un alcoolique, qui souffrent de maladies addictives proches, il lui faudra alors être ferme dans cette voie vers le sevrage, et éviter autant que possible tout écart, une récidive ne devant pas pour autant décourager le candidat à la liberté retrouvée.

Devoir renoncer totalement à ce qui est central dans sa vie est une proposition qui ne convient pas d’emblée à tout le monde. Il s’agira alors plutôt de donner les clés à votre conjoint pour reprendre le contrôle sur sa consommation ; le projet d’abandonner l’usage de la pornographie lui sera alors accessible.

L’accompagnement bienveillant, patient, et confiant d’un conjoint est un atout énorme. L’écoute et les conseils d’un professionnel sensibilisé à ce type de drogue et l’échange avec d’autres pornodépendants* sont également des aides précieuses. Mais c’est bien le dépendant lui-même qui sera le facteur déterminant de sa réussite.

Pornodépendance - abstinence et renouveau vie de couple - Cabinet Social Stéphanie LADEL

Qui peut solliciter votre aide ? Comment ?

Je suis autant contactée par les pornodépendants que par leurs conjoints, car les deux ont des choses à dire, à comprendre et à affronter. Mon écoute, mes conseils et mon éventuel soutien à long terme vous sont utiles à l’un comme à l’autre. (Pour plus de détails sur la manière dont chacun d’entre vous sera aidé, je vous invite à lire cet autre article : Aider une personne à sortir de la drogue.)

Il est important de rappeler que vous pouvez me consulter de manière anonyme, sans jamais dévoiler votre identité, que ce soit à mon cabinet ou lors d’une consultation à distance.

Par ailleurs, lorsque j’accompagne les deux conjoints, le secret professionnel auquel je suis soumise rend impossible le fait que ce que me dit l’un soit communiqué à l’autre. Ce que vous me confiez reste entre vous et moi.

Et après ?

Après un sevrage ? Un pornodépendant abstinent garde une fragilité, aussi doit-il rester vigilant. Mais il sera en cela motivé par une bien meilleure maîtrise et estime de lui-même, un apaisement de son humeur, et la redécouverte de plaisirs et projets aux niveaux social, conjugal… et sexuel.

A bientôt !

06.49.84.07.53

* Voir ce site et son forum : pornodependance.com

Quand arrêteras-tu de regarder des films pornographiques ?


7 Commentaires
  1. On peut aussi, à travers le délaissement de la femme, puisque vous parlez essentiellement de l’homme ici, risquer de tomber dans cette porno dépendance, à partir du moment où l’homme ne se sent plus admis dans le couple, en gros rejeté par sa femme ou conjointe…

    Car comme vous le rappelez ici : « Mais c’est bien le dépendant lui-même, votre conjoint, qui sera le facteur déterminant de sa réussite ».

    Il ne s’agit pas de culpabiliser l’autre partie, de le rendre coupable, mais de considérer qu’elle peut avoir sa part de grande responsabilité dans l’équilibre du couple.

  2. Bien sûr, la relation intime, sexuelle, est avant tout une relation ; aussi les deux partenaires ont une responsabilité dans celle-ci et sont encouragés à en prendre soin.

    Et la consommation effrénée d’images pornos étant assimilable à une toxicomanie, il est important de prendre la mesure de sa difficulté personnelle à s’en passer…

  3. Pingback: Aider une personne à sortir de la drogue - Cabinet Social

  4. Bonjour,

    Soyons clairs, à titre personnel, je considère la pornographie comme une industrie reposant sur la marchandisation des corps et de la sexualité humaine, ainsi que sur l’asservissement de ceux qui s’y font piéger du fait de leur vulnérabilité. Il ne s’agit pas à mes yeux d’une chose éthiquement respectable.

    Cela étant, psychologue ayant une certaine expérience de patients toxicomanes, je trouve totalement abusive l’assimilation médiatique actuelle entre la toxicomanie et le recours envahissant à la pornographie de certains sujets. Cela n’a rien de scientifique malgré l’évocation d’observation d’imageries cérébrales qui… en réalité ne sont pas si significatives.

    Pour faire vite :

    1 – La notion d’addiction sexuelle ou d’addiction au porno est loin de faire le consensus chez les professionnels de santé mentale. Elle n’existe pas en m’état dans le DSM5 pourtant réputé ratisser large en matière diagnostique. Ce n’est pas pour rien.

    2 – Les toxicomanies impliquent la consommation de substances psychoactives entraînant une dépendance neurobiologique et des symptômes de manques somatiques caractéristiques en cas de sevrage. Ce n’est pas le cas des comportements sexuels par lesquels certains sujets essaient de décharger leurs tensions. L’activation des circuits sérotoninergiques de « récompenses » n’est pas un critère spécifique car elle s’observe dans bien d’autres occasions anodines.

    3 – Il suffit de quelques expositions (une seule parfois) à des substances psychoactives pour que la dépendance neurochimique s’installe. Exposer Madame Dupont ou Monsieur Durand, choisis au hasard dans la rue, à une heure de pornographie quotidienne pendant une semaine, ne suffirait pas à les rendre dépendants au porno. En revanche, faites ça avec de l’héroïne, voire avec certains anxiolytiques ou antalgiques à bases de dérivés morphiniques, et vous verrez Monsieur Durand et Mme Dupont faire un syndrome de sevrage dès qu’on les privera de ces substances.

    4 – L’évocation des études neuroscientifiques soulignant que la consommation de drogues a un effet similaire à celui observé chez des « addicts » au porno, ne précisent pas qu’il s’agit que de l’observation des circuits observables dans TOUTE expérience de plaisir. On observerait la même chose en regardant le scanner d’un sujet visionnant un spectacle de son humoriste préféré ou une personne mangeant sa tablette de chocolat favori. Ces études n’établissent rien de spécifique.

    5 – Mon observation de certains jeunes présentés comme « addicts » aux jeux vidéos est très proche sur le plan clinique de ce que certains confrères observent auprès de sujets ayant un recours excessif au porno : ils préfèrent s’enfermer ou se réfugier dans des expériences gratifiantes virtuelles, se confrontant à des expériences trop frustrantes, trop anxiogènes ou narcissiquement menaçantes dans la réalité. L’observation du phénomène des utakus au Japon est édifiante et éclaire bien cette problématique.

    6 – Traiter ce trouble de la vie sexuelle en se bornant à proposer des « programmes de sevrages » comparable à ce qu’on propose chez les AA ou les NA est insuffisant. Une orientation en thérapie en vue d’inviter le patient à réfléchir à on rapport à la sexualité, et aux impasses de son désir demeure incontournable.

    7 – Notons que tous les troubles comportementaux ou psycho affectifs touchant à la sexualité doivent pouvoir être pensés seulement sur le plan symptomatique en se méfiant des jugements moraux ou normatifs qui peuvent facilement infiltrer nos visions du pathologique. N’oublions pas par exemple que pendant longtemps, l’homosexualité a été pathologisée et pénalisée… Et que l’on enverrai personne consulter pour ça aujourd’hui. Or, la façon dont on médiatise aujourd’hui la question de la « dépendance au porno » est sans commune mesure avec le nombre plutôt restreint de sujets mis en danger réel dans leur insertion professionnelle ou sociale du fait d’un besoin impérieux de consommer de la pornographie sans comorbidité associée (c’est à dire sans autre traits pathologiques associés à ce trouble). Ce décalage est l’indice qui doit nous amener à nous questionner sur la pertinence de ce « diagnostic » qu’aucun professionnel de santé mentale sérieux ne retient pour le moment (à l’instar du fameux diagnostic de « pervers narcissique » qui n’existe officiellement pas dans les classifications des professionnels de santé mentale).

    Cela dit, votre site est par ailleurs très intéressant.
    Cordialement,

  5. Bonjour,

    Et merci pour votre point de vue.

    Comme vous le dites, sur la pornodépendance, les avis sont encore tranchés entre « donneurs d’alerte » et « détracteurs ». Il reste important de voir qu’en France des services d’addictologie et des spécialistes en addictologie indépendants se saisissent de cette question et aident les personnes concernées, en attendant un consensus.

  6. Pingback: Un travailleur social addictologue ? - Cabinet Social

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